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ACADEMIE D’AGRICULTURE DE FRANCE : «Production agricole et épidémie de Covid19, retour aux fondamentaux ?» par Nadine Vivier, Constant Lecoeur, Michel Dron, Jacques Gasquez, Jean Claude Pernollet, Marc Delos

« Les agriculteurs et la production alimentaire pourraient-ils être considérés comme encore plus stratégiques dans la crise du Covid-19 que nous vivons au cours de ces premiers mois de l’année 2020 ? Nous vivons depuis presque un mois une situation inédite, confrontés à une épidémie due à un virus émergent. La lutte est plus ou moins bien coordonnée au plan international afin d’éviter d’assister à de brusques pics de décès d’un très grand nombre de personnes sensibles.

Le choix a été fait dans différents pays, dont la France, de restreindre la mobilité des populations avec une politique de confinement assez stricte, néanmoins variable selon les pays, pour ralentir la diffusion du virus et étaler les hospitalisations.

Face à cette situation inédite, les consommateurs ont reproduit avec une intensité certes modérée les comportements d’accumulation de biens considérés comme essentiels, dont principalement des denrées alimentaires, et ce malgré l’évidence d’une capacité des filières à assurer l’approvisionnement régulier des populations.

Depuis le début de cette crise, il apparaît en France que les actuelles défiances alimentaires ont été oubliées, certainement pas au-delà de la période de confinement. Il y a à peine deux mois, l’aliment était perçu par beaucoup comme porteur d’un risque sanitaire réel ou imaginé. Il s’agit bien d’un retour, provisoire, mais quelque peu irrationnel aussi, à la peur ancestrale de manquer qui avait disparu depuis un demi-siècle.

Au-delà de la fourniture d’un bien vital, le rôle de la production agricole, de sa transformation ou non et de sa distribution aux consommateurs va plus loin. C’est ce que les historiens Harper (2017), Von Bueltzingsloewen (2005), Bonallaz (2016), Matossian (1989)1 parmi d’autres, ont rappelé. Nous avions collectivement oublié, que les périodes de famines ou de simples disettes, ont favorisé des épidémies consécutives et surtout une mortalité croissante.

Des épidémies de peste à la fin de l’empire Romain puis au Moyen Age2 , d’autres épidémies diverses suite aux famines de la fin de règne de Louis XIV, jusqu’à la grippe espagnole de 1918-1919, première grande pandémie des temps modernes, tous s’accordent sur le fait que les restrictions alimentaires exposent davantage les populations dénutries ou malnutries à développer les symptômes des maladies bactériennes ou virales et surtout à en mourir.

C’est en substance ce que résume le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus3 , le 20 mars 2020, à Genève, lors d’un point auprès de médias sur l’épidémie de Covid-194 .

Son premier item dans la lutte contre le coronavirus est de souligner la nécessité d’un apport suffisant et sain5 de nutriments pour lutter contre l’épidémie6 . Il souligne bien, truisme souvent oublié, que le manque de nourriture et les carences nuisent à la mise en place de l’immunité vis-à-vis de la maladie.

C’est cette protection très « naturelle », qui constitue heureusement le cas général premier, face à des épidémies mieux surmontées depuis la fin du XIXème siècle après le lot de famines et de disettes des siècles antérieurs 7 . Il n’est pas question d’aliments miracles mais de quantité minimale, de diversité et de qualité. L’impact de l’excès calorique long terme est rappelé dont les conséquences exposent aussi davantage à la maladie, d’où la mention relative à la nécessaire suppression de l’apport à l’excès8 de boisson sucrée. Le cas du tabac et de ses conséquences sur les poumons est enfin abordé9 .

Si les boissons alcoolisées doivent voir leur consommation très réduite, il ne s’agit pas de suppression. Ce même (ou presque) éthanol sur les mains et non dans le gosier10 , sous forme de gel, est un outil stratégique vis-à-vis de la transmission, à utiliser alors sans modération. 

Au-delà du caractère premier de l’alimentation saine et nutritive pour prévenir la contamination et permettre à l’organisme de résister très naturellement au virus comme aux autres micro-organismes pathogènes, c’est aussi l’agriculture qui assure la production d’alcool à partir du sucre des betteraves ou des céréales.

Cet alcool est associé à la glycérine des filières d’aval de la production d’oléagineux, coproduit de la fabrication d’ester incorporé au carburant, « diester ». Glycérine et alcool associés donnent le fameux gel hydro-alcoolique qui manque tant actuellement et doit tout aux filières agricoles11. Cet apport via la production massive de gel hydro-alcoolique dans le combat mené contre l’épidémie, pour qui sait l’identifier, est l’élément le plus visible.

Reste l’accès à une alimentation diversifiée et accessible sur le plan économique : c’est ce qu’a su faire l’agriculture française, surtout depuis 1960. Sans cela, la lutte formidable menée par les personnels soignants serait vaine en raison du nombre de malades et de malades graves infiniment plus important. On peut comprendre divers questionnements face au durcissement du confinement avec la fermeture des marchés, outre la très forte pénalisation des producteurs de proximité, maraîchers notamment, dont les productions seront perdues, on peut légitiment craindre de voir limiter encore l’accès aux produits les plus frais et locaux parmi les fruits et légumes tout aussi essentiels que les produits céréaliers dans le régime alimentaire optimal en temps d’épidémie et indépendamment.

Si le dévouement du personnel de santé est absolument exemplaire en ces temps difficiles, celui des agriculteurs et des filières aval de la production agricole et alimentaire mérite aussi d’être rappelé, même si les risques d’exposition au virus sont moindres pour eux.

Il n’y a pas si longtemps que ces mêmes agriculteurs subissaient des agressions parfois violentes, de la part de ceux, qui ces derniers jours, se précipitaient vers les rayons des magasins de distribution alimentaire et pas forcément uniquement les rayons d’aliments de l’agriculture biologique.

Cette dépendance vis-à-vis de la production agricole, car les stocks sont faibles même si l’approvisionnement est régulier et sécurisé, justifie la « reconnaissance d’un caractère crucial et stratégique à la fabrication et à l’approvisionnement en denrées alimentaires » exprimé par le ministre de l’économie et celui de l’agriculture et de l’alimentation lors de la crise actuelle, via une note en date du 17/03/202012 .

Il reste à espérer qu’une fois l’urgence sanitaire passée, ceux-là mêmes qui ont rempli leur chariot, avec avidité lors de cette crise, ne se retrouvent pas dans les rangs de ceux qui critiquent et dénigrent l’agriculture et les agriculteurs malgré les efforts de ces derniers pour se conformer aux normes exigées par la société civile depuis plus de 20 ans13 , au-delà la production de la première protection contre l’infection.

C’est cette production qui permet une « health and nutritious diet ». Lorsque ce virus ou un nouveau surgira, les tenants du sentiment anti-agriculteur, « l’agri-bashing », pourraient être amenés à subir une disette, faute d’agriculteurs pour assurer la production avec les conséquences sanitaires historiques évoquées et méritant toujours d’être rappelées. »

Par les Académiciens : Nadine Vivier, Constant Lecoeur, Michel Dron, Jacques Gasquez, Jean Claude Pernollet, Marc Delos.

Notes :

1 Bondallaz P., Croix-Rouge, 2016. 150 ans au service de l'humanité, La Croix-Rouge Suisse 1866 - 2016, Stämpfli 2016, 192 p, ISBN 978-3-7272- 7895-2. Bueltzingsloewen (von) I ., 2005. « Morts d'inanition ». Famine et exclusions en France sous l'Occupation, Presses universitaires de Rennes, 2005, 305 p, (ISBN 2-7535-0136-X) Harper K., 2017. Comment l'Empire romain s'est effondré Le climat, les maladies et la chute de Rome – de La découverte.Paris. 540p. Matossian M K., 1989 - Poisons of the Past: Molds, Epidemics, and History. New Haven: Yale, Réédition août 1991, ISBN 0-300-05121-2.
2 Avec un impact plus important sur l’immunité humaine des mycotoxines alors inconnues que des alcaloïdes de l’ergot du seigle qui a surtout affecté la fertilité des populations selon MK Matossian (1989).
3 Un directeur de l’OMS éthiopien nous fait bénéficier d’un regard muni d’une acuité particulière et d’un retour aux fondamentaux oubliés par nos sociétés occidentales après 60 ans d’excédents alimentaires et de relative sécurité sanitaire, c’est une grande chance pour l’OMS.
4 https://www.straitstimes.com/singapore/health/coronavirus-who-gives-advice-on-how-to-boost-your-health-to-fight-covid-19
5 Certains contaminants notamment contaminants naturels peuvent réduire l’immunité des populations notamment certaines mycotoxines, à l’instar des aflatoxines auxquelles les populations d’Afrique subsahariennes sont massivement exposées, ce que rappelle MK Matossian (1989).
6 “First, eat a health and nutritious diet, which helps your immune system to function properly.”
7 Exception faite de la grippe espagnole mais dans le contexte des privations lors de la première guerre mondiale y compris pour des nations non belligérantes, l’industrie naissante étant tournée vers la production d’armes.
8 Second, limit your alcohol consumption, and avoid sugary drinks.
9 L’impact négatif de la consommation de tabac est souligné en sympathie avec les constats faits en Chine sur le plus grand nombre de fumeurs parmi les cas graves du Covid-19 : “Third, do not smoke, he said, as smoking damages your lungs and can increase your risk of developing severe disease if you become infected with Covid-19”. Lors de la première phase de la "grippe espagnole" au printemps 1918, une mortalité massive, effroyable, parmi les militaires gazés à l'ypérite avait été constatée. Toutes les productions agricoles ne sont donc pas bonnes dans la lutte contre le Covid-19 et le cas du tabac particulièrement nocif dans ce cas reste absent des médias grand public, en France du moins.
10 d’une autre forme plus consommable, issue de fruits ou de grains et non de racines de betteraves.
11 Ce bénéfice de la production de biocarburants n’avait pas été envisagé auparavant. C’est une possibilité de détourner tout ou partie de la production d’éthanol destinée à servir d’additifs ou de substituts aux carburants pétroliers vers la prévention de la transmission. C’est aussi une importance stratégique de la glycérine issue des filières de production de biodiesel. En sus d’améliorer la qualité de l’air respiré dans les villes et de réduire l’impact GES de la circulation automobile, les filières biocarburants sécurisent l’approvisionnement en outil de prévention de la transmission de virus et bactéries, efficace ici contre le Covid19 mais aussi contre tous les microorganismes pathogènes passés et futurs.
12 https://www.agro-media.fr/actualite/professionnels-de-lagroalimentaire-nous-comptons-sur-vous-40887.html
13 Qui a abouti à la mise en place d’une production agricole respectant l’essentiel des règles de l’agroécologie telle que décrite par Stéphane Le Foll en 2012.

Source : Académie d’Agriculture de France

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Dernière modification le vendredi, 27 mars 2020 11:32

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